Un monde flamboyant : cache-cache littéraire et new-yorkais

Un monde flamboyantCela faisait un moment que je voulais découvrir l’œuvre de Siri Hustvedt. La première fois que j’en avais entendu parler c’était à la radio, dans l’émission de Jean-Claude Ameisen : Sur les épaules de Darwin. J’en avais gardé l’image d’une femme qui ne pouvait que bien écrire. Alors, quand j’ai vu que son dernier livre « Un monde flamboyant », paru chez Actes Sud, faisait partie de la liste d’ouvrages des Matchs de la rentrée littéraire Price Minister-Rakuten, je n’ai pas hésité une seconde. Pour ma deuxième participation à cet événement, mon choix avait été vite fait.
Le sujet abordé, tel qu’il était présenté dans le texte de la 4e page de couverture, promettait une lecture intéressante : une femme dont le talent n’est pas reconnu à sa juste valeur, mariée à un critique d’art et réduite au statut de « femme de », mère de deux enfants, décide d’exposer ses œuvres en les faisant passer pour celles de trois hommes qui se prêtent à un jeu de masques qui finit par s’avérer dangereux.
A la lecture du livre, mon avis n’a pas changé, le sujet est intéressant, sans aucun doute. Et pourtant, j’ai cru que je n’arriverais jamais à le finir. J’avais même abandonné à un moment, étant donné que je m’endormais systématiquement au bout de quelques minutes…
Car ce n’est pas une histoire que Siri Hustvedt nous raconte, c’est une enquête dans laquelle elle fait parler trop de personnes, sous des formes trop différentes, avec trop de références, de citations et de notes de bas de page, qui ne trouvent aucun ancrage dans ma culture de scientifique. Trop d’art, trop new-yorkais peut-être aussi.
Mais je n’ai pas cédé à la facilité, je m’étais engagée à rédiger une critique de ce livre et je n’imaginais pas ne pas tenir parole. Alors j’ai persévéré. Je n’ai pas réussi à tenir le délai du 31 décembre et la note que j’avais décidé de lui attribuer ne sera donc pas prise en compte. Mais je suis dans les temps pour le deuxième délai, celui des retardataires qui souhaitent néanmoins avoir participé.
Et au final, je suis si fière de ne pas avoir abandonné ! Même si Harriet Burden, l’artiste au cœur de ce récit – Harry pour les intimes, n’est vraiment pas un personnage aimable. Si quelqu’un a réussi à s’attacher à elle, qu’il m’explique comment il a fait ! Elle est humaine bien sûr et c’est à travers les témoignages de ceux qui l’ont aimée, son amie Rachel, sa fille Maisie, son compagnon de fin de vie Bruno, qu’on finit par l’apprécier. Mais on lui en veut aussi. De ne pas avoir vraiment réussi. D’avoir été trop intelligente, de s’être trop bien cachée. On aurait aimé un peu de joie pour elle. Mais on ne fait que l’accompagner dans la souffrance de son demi-échec.
Pour finir, je voudrais reproduire quelques-uns des passages qui m’ont particulièrement touchée, amusée ou interloquée.

    p. 21 : La vie consiste à traverser un champ de mines sur la pointe des pieds. On ne sait jamais ce qui va arriver et, si vous voulez mon avis, on n’a pas tellement prise non plus sur ce qu’on laisse derrière soi.
    p. 26 : Et puis, un après-midi, à trois heures dix, juste avant la fin de la séance, le Dr Fertig me regarda de ses yeux tristes, qui devaient avoir vu tellement d’autres tristesses que la mienne, bien des tristesses pires que la mienne sans aucun doute, et dit d’une voix basse mais ferme « Il est encore temps de changer les choses, Harriet ». Il est encore temps de changer les choses. Les vomissements disparurent. Que personne ne prétende qu’il n’y a pas de mots magiques.
    p. 182 : C’était une femme forte, ma Harry, mais pas une femme commode. (…) Le poème devint un affreux croquemitaine qui métamorphosait la femme de chair et d’os de ma vie en mégère, en sorcière critique, stridente et harceleuse, lanceuse de poignards enflammés sur moi et le poème. « C’est de la névrose ! Tu l’as récrit cinq cents fois. Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? Tu as une telle frousse. Grand Dieu, tu t’imagines que ta queue va se ratatiner si tu n’es pas Dante ? »
    p. 232 : Le Dr F. a remarqué que je portais une jupe. Il sait. C’est seulement la deuxième fois en tant d’années, m’a-t-il dit. C’est notable. C’était une manifestation de vulnérabilité. En jupe, on est vulnérable. C’est ça l’histoire des femmes en jupes.
    p. 272 : Je suggérai que des personnalités différentes font ressortir divers aspects de la nôtre, et j’expliquai que j’ai souvent tendance à parler fort avec des gens qui parlent bas ou s’effacent, et à me sentir timide devant quelqu’un qui me crie dessus. Tout dépend de l’interaction.

Je ne suis pas déçue par la lecture de cet ouvrage de Siri Hustvedt, mais j’en garderai le souvenir d’une auteure pas si facile à lire, dont l’œuvre comporte des pépites qu’il faut savoir aller chercher, qui se méritent, à savourer après l’effort.

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A propos auxecrires

Femme, mère de 2 enfants, quadra, habitant en région parisienne...
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