Danse noire : un livre-film bilingue et sous-titré

Logo2_rentree-literaire2013C’est dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire Price Minister-Rakuten, auxquels j’ai l’honneur de participer pour la première fois cette année, que j’écris ce post.
J’ai reçu et lu avec grand plaisir le roman Danse noire, de Nancy Huston, paru cet été aux éditions Actes Sud.
Voici donc ce que j’en ai pensé.

Danse noireNancy Huston vit à Paris mais, avec elle, on voyage toujours. Cette fois-ci, nous l’accompagnons derrière une caméra qui oscille entre trois époques et deux continents. Elle nous emmène au Canada, son pays d’origine, mais aussi en Irlande, aux Etats-Unis et au Brésil. Ce qu’on lit est écrit tantôt en français, tantôt en anglais. Nous passons d’une langue à l’autre aussi facilement que cela doit se passer dans la tête de l’auteure, tout comme dans celle de n’importe quelle personne bilingue, d’ailleurs.
Dans Danse noire, il y a « noir » et il est vrai qu’il ne s’agit pas d’un roman gai ;-). La particularité du style choisi fait qu’il faut s’accrocher un tout petit peu au début, pour rentrer dedans.
A la fin du premier chapitre, Paul Schwarz, le narrateur, dit à son amant, Milo Noirlac, qui gît dans un lit d’hôpital : « Tu sais comment fonctionne un film : les dix premières minutes, le public est infiniment tolérant et acceptera tout ce qu’on choisit de lui montrer ; après, on a intérêt à faire sens. » En tant que lectrice, j’ai appliqué ce principe au début du livre : je me suis accrochée pendant une dizaine de pages — au lieu d’une dizaine de minutes — avant de commencer à me familiariser avec les lieux, les époques et les différents personnages.
Dès le deuxième chapitre, on découvre un texte en anglais, traduit en français par l’auteure elle-même en note de bas de page. Petite remarque sur la forme : l’absence de renvois vers ces notes est appréciable ; le lecteur arrive parfaitement à savoir ce qu’il faut aller lire en dessous. Par ailleurs, ce n’est pas toujours la version en français québécois qui est la plus compréhensible. Pour qui maîtrise un peu l’anglais, saisir le sens en partie dans une langue et en partie dans l’autre devient très vite un jeu particulièrement enrichissant, sachant qu’aussi bien en anglais qu’en français, un bon nombre de dialogues utilise un langage parlé suffisamment familier pour qu’on perçoive à quel point les langues sont vivantes ; à quel point on n’a pas besoin de connaître le sens de chaque mot pour tout comprendre.
Avoir écrit ce livre comme un scénario a permis à Nancy Huston de nous proposer des passages aussi délicieux que celui où elle présente le personnage principal féminin, au troisième chapitre : « Nous sommes Awinita, nous sommes la femme ; toujours dans ces séquences nous serons elle. Soudain, nous attrapons notre reflet dans la glace au-dessus du bar. Nous sommes blonde. »
Dans Danse noire, il a aussi « danse » et le rythme de la capoeira accompagne tout le récit dans l’alternance régulière des chapitres. Chacune des dix parties de l’ouvrage comprend un chapitre consacré à Milo, le réalisateur canadien, un autre consacré à Neil, l’irlandais exilé, grand-père de Milo, et un dernier chapitre consacré à Awinita, la prostituée indienne, mère de Milo.
Quand on arrive à la fin du livre et que l’on est encore sous le choc des dernières émotions provoquées par l’histoire imbriquée de ces personnages, ce film noir et dansant, on aimerait vraiment aller le voir. En attendant cette éventualité, on pourrait avoir envie de recommencer la lecture, pour prolonger le plaisir en profitant de chaque phrase en connaissance de cause.
Avec Danse noire, Nancy Huston nous rappelle à quel point être écrivain c’est un métier. Un métier dans lequel elle excelle de plus en plus, pour notre plus grand bonheur de lecteurs.

Publicités

A propos auxecrires

Femme, mère de 2 enfants, quadra, habitant en région parisienne...
Cet article, publié dans blogueando, en français, livres / libros, opinion, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

10 commentaires pour Danse noire : un livre-film bilingue et sous-titré

  1. Je viens de lire ta critique… Nous avons ressenti des choses à la fois similaires et différentes à la lecture de ce livre…

  2. auxecrires dit :

    Oui ! C’est la première fois que je fais ce genre d’exercice et ça m’amuse beaucoup de pouvoir échanger d’un blog à l’autre, héhé. Merci pour ton commentaire ! 🙂

  3. Cécile dit :

    Ravie de découvrir une autre fan de Nancy Huston 🙂

  4. Ameni dit :

    Une critique qui fait honneur au livre ! Heureux également de voir quelqu’un qui a autant aimé le roman que moi 😉 Merci pour le lien de la capoeira aussi.

  5. Sylvie dit :

    Je viens de lire ta critique suite à ton commentaire sur mon blog. Moi, je n’ai pas réussi à entrer dans ce livre et pourtant je me suis accrochée ! D’un bout à l’autre, je n’ai eu aucun plaisir de lecture.
    C’est amusant ce livre a eu peu de critiques tièdes : on adore ou on n’aime pas.
    A relire peut-être à un autre moment.

    • auxecrires dit :

      Complètement d’accord, Sylvie. Du coup, je pense que c’est mal barré pour qu’il gagne. Mais j’avoue ne pas avoir pris le temps de lire des critiques pour les autres ouvrages en compétition. Merci de ton passage par ici ! 🙂

  6. Ortisse dit :

    Merci pour le conseil que tu as proposé sur mon blog, je l’achèterai je pense! J’ai découvert Nancy Huston grâce à ce chalenge et ce roman et quelle claque. Je pense que je ne serai jamais allée vers ses livres (pour une raison étrange son nom me faisait penser à une auteur de romans à l’eau de rose…).
    J’aime beaucoup ta phrase de conclusion: « Avec Danse noire, Nancy Huston nous rappelle à quel point être écrivain c’est un métier.  » c’est tellement vrai et je trouve que ce roman le démontre totalement!

  7. Ping : Un monde flamboyant : cache-cache littéraire et new-yorkais | Aux écrires de Viv

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s