Habemus papam !

Le pape François, le 13 mars 2013Neige. Soleil. Vacances.
Malgré mes chaussures, je ne suis pas à la montagne. J’écris assise dans un train de banlieue qui va me laisser à La Défense trop tard pour que je puisse arriver à l’heure à mon rendez-vous de 13 heures à Paris.
Sur la banquette, j’ai trouvé un 20 minutes que je parcours rapidement jusqu’à la page qui m’intéresse. Depuis hier, nous avons un pape et il est… argentin !
Je ne l’ai pas su tout de suite. Je rangeais de vieux papiers à la maison, en regardant des émissions de divertissement à la télé, quand la nouvelle est tombée : une fumée blanche était sortie d’une cheminée du toit de la chapelle Sixtine au Vatican.
Habemus papam ! ai-je crié, en appelant mon fils aîné, qui n’a pas compris tout de suite l’importance du moment.
— Calme-toi, maman, me dit-il quelques minutes plus tard, c’est bon, tu vas la voir ta fumée.
Je brûlais d’impatience. On nous montrait la place Saint-Pierre, qui n’arrêtait pas de se remplir, et on commentait la vitesse de la décision. Le cinquième scrutin avait été concluant, mettant un terme au conclave. Les cardinaux s’étaient mis d’accord sur un nom, sur un homme, bien plus rapidement que prévu, et c’était bon signe, disait-on.
Au bout d’un certain temps, l’image de la fumée apparut. Grise au départ, puis blanche effectivement. Ma joie pouvait enfin éclater. C’était vrai : nous avions un pape !
Comment expliquer à son enfant une telle émotion pour un évènement qui pour lui n’en est pas un ? Nous avons été baptisés à l’église, lui et moi, mais c’est à peu près tout. Son frère cadet ne l’a même pas été, son père préférant ne pas lui imposer une religion dont il se détachait de plus en plus. Cela me contrarie un peu. Ça crée une différence entre mes enfants qui peut paraître injustifiée. Mais je ne m’y suis pas opposée suffisamment fort à l’époque et maintenant c’est fait. Et puis, mes enfants sont si différents par ailleurs !
Le fait est qu’hier, à l’heure où trois milliards de personnes dans le monde attendaient de connaître le nom du nouveau chef de l’Église, mon fils cadet était chez un ami, en train de s’amuser. Avec l’aîné, nous attendions donc seuls, spéculant sur l’identité de l’homme choisi : serait-il italien ? brésilien ? africain ?
— Ah, s’il pouvait être brésilien, disais-je. Ce serait super !
Un pape sudaméricain aurait fait le plus grand plaisir à la sudaméricaine que je suis.
Nous trouvions l’attente longue. Et je me suis mise à prendre ma télévision en photos. Les images de la fumée revenaient régulièrement, me rappelant d’autres images du passé, du jour où, dans un autre lieu, je regardais une fumée similaire sur un bien plus petit écran, en noir et blanc.
Parler de ce moment avec mon fils. Évoquer les papes Jean-Paul. La courte durée du mandat du premier… l’éternité du second… Mentionner Benoît XVI dans son inexistence, à mes yeux comme à mon coeur. Lui faire sentir, plus que lui décrire, une émotion que je porte comme un flambeau qu’on m’a transmis, qui vient de loin, que j’ai reçue de mes grands-mères.
On a beau ne pas aller à l’église, ne pas prier, même pas savoir si on croit en Dieu, ne serait-ce qu’un tout petit peu ou pas du tout, on a beau se dire athée, on se sent tout de même faisant partie d’une communauté religieuse : catholique, apostolique et romaine.
Et c’est vers Rome qu’on regarde à ce moment, comme on regarderait vers La Mecque si on était musulmans. Et le rideau s’ouvre et c’est un français, le cardinal protodiacre (s’il vous plaît), qui prononce un nom que personne n’attendait.
Stupeur dans la foule amassée place Saint-Pierre. Silence. Surprise généralisée.
Qu’est-ce qu’il a dit ? C’est qui le pape ? L’archevêque de Buenos Aires ? Celui qui avait prévenu il y a 8 ans qu’il ne fallait pas l’élire car il n’était pas prêt ?
Un outsider… Un argentin… On ose à peine y croire. On se regarde avec mon fils, consternés.
— Calin maman, me dit-il. Je sens que tu en as besoin.
Qui en a besoin vraiment ? je me demande…
Nous n’aurions pas pu rêver mieux. Déjà brésilien ça aurait été super. Là, c’est carrément génial. Un pape de chez nous ! Un pape « rioplatense » !
On apprend que c’est le prêtre des pauvres, qu’il est jésuite et qu’il choisit François pour nom, en souvenir de François d’Assise.
La ville d’Assise, où j’ai été avec mon père et sa femme, il y a plus de vingt ans. Où nous aurions pu rencontrer un compatriote, un moine uruguayen, qui s’était absenté temporairement malheureusement…
Le pape parle. Je le regarde et le prends en photos. Mon fils filme ce premier discours. Ma mère nous a rejoint par skype. Elle regarde aussi, sur son écran à elle, de son côté du monde.
Le pape et la foule prient, en italien. Une dame, à la télé, traduit simultanément en français. J’essaye de suivre, en espagnol, mais je m’emmêle. Des larmes coulent sur mes joues. Habemus papam et il est de chez nous !
Entretemps, mon fils cadet est rentré. Il n’a rien compris au sms que je lui avais envoyé. Ce n’est que l’année prochaine qu’il prendra option latin et la religion ne l’intéresse pas plus que ça, comme par hasard. Il est parti dans sa chambre et joue, sous casque, à l’ordinateur.
Ma mère a fait du latin dans sa jeunesse mais mon sms l’a tout de même étonnée car elle pensait qu’on aurait dit ça en italien plutôt qu’en latin. Combien de messages envoyés ce jour là proclamaient « Habemus papam » ?
Après que le pape ait souhaité bonne nuit au monde entier, nous sommes restés connectés pour commenter l’évènement en famille. C’était donc à mon tour de me retrouver dans le rôle de l’enfant qui questionne :
— Pourquoi autant d’émotion, maman ? ai-je demandé.
Je ne sais plus ce qu’elle m’a répondu mais ça m’a rassurée. Nous venions de vivre un moment historique. L’émotion partagée était normale, logique.
Nous avons un pape. Il est argentin. Nous sommes contents. Longue vie à Francisco !

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A propos auxecrires

Femme, mère de 2 enfants, quadra, habitant en région parisienne...
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