Une chose sans queue ni tête, peut-elle se mordre la queue ?

Les couvents de la rue de CharonneJe passais à un endroit où je me rends régulièrement quand, arrivant à un coin de rue où je dois tourner à droite, je les vois : une femme rousse, avec de beaux cheveux lisses, et un homme un peu plus âgé qu’elle, peut-être un peu chauve sous sa casquette. Tous deux regardaient fixement un point devant eux et étaient beaux dans leur concentration.
Machinalement, j’ai tourné la tête, intriguée. Que pouvait bien les intéresser autant pour qu’ils restent plantés là, en plein trottoir, tenant chacun son vélo, immobiles pendant d’aussi longues secondes ? On aurait dit des statues, figées au milieu de vies et de sons qui ne les atteignaient pas.
L’objet de leur attention était un panneau touristique explicatif.
Ah, ce sont des étrangers, me dis-je alors. Le français ne doit pas être leur langue maternelle. Ils doivent essayer de comprendre ce que ça raconte. Et j’ai continué mon chemin.
Aujourd’hui, passant à nouveau au même endroit, j’ai repensé à ce couple. Après avoir tourné au coin de la rue, je suis revenue sur mes pas et j’ai lu : Histoire de Paris. Les couvents de la rue de Charonne…
Je ne sais pas quelle tête je faisais pendant que je lisais. Et c’est vrai que le français n’est pas ma langue maternelle… Même que je me suis fait traiter d’étrangère pas plus tard qu’il y a deux jours, par une amie d’amie avec qui j’ai été amenée à discuter lors d’un concert. Après quelques phrases, elle entend ma « petite pointe d’accent » et elle m’interrompt pour me balancer à la figure : « Vous êtes étrangère ! », comme ça, sans prévenir, sans anesthésie ! C’est la première fois en plus de vingt ans que ça m’arrive. On ne me l’avait pas encore faite celle là… Mais c’est vrai qu’on pourrait dire que je suis toujours une étrangère si l’on considère que c’est un état dont on ne se débarrasse pas et que je ne suis pas née Française… Bref, peu importe, je manie le français aussi bien que le Français moyen (voire mieux, diraient certains ; oh, arrête, répondrais-je, ce n’est pas la question) et pourtant, j’ai dû lire les explications plusieurs fois avant de comprendre à peu près le pourquoi du comment.
Alors, si quelqu’un m’avait remarquée à ce moment là, pendant que je lisais, concentrée, au coin de la rue Charonne, peut-être m’aurait-il trouvée belle, avec mes cheveux châtains, coiffés un peu en pétard, et mon air ahuri ?
Me voyant sortir mon téléphone portable pour prendre une photo du panneau explicatif, cette personne se serait sans doute dit : ah, voilà une touriste étrangère. Mais si elle avait pris la peine de s’arrêter à son tour pour lire ce qui était écrit, peut-être aurait-elle aussi trouvé que ce texte n’a ni queue ni tête ?
Pour en juger par vous même, cliquez sur l’image puis recliquez pour zoomer et lisez. Mais avant de démarrer, assurez-vous, si possible, qu’il y ait quelqu’un aux alentours. Ce serait dommage que personne ne profite de la beauté que vous ne manquerez pas de dégager…

Publicités

A propos auxecrires

Femme, mère de 2 enfants, quadra, habitant en région parisienne...
Cet article, publié dans autobiografia, opinion, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Une chose sans queue ni tête, peut-elle se mordre la queue ?

  1. Yola dit :

    Le mot étranger vient d’étrange, et «l’étrangeté est le condiment nécessaire à toute beauté» (Baudelaire)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s