Insomnie

amanecerRien ne se passe jamais comme nous l’avons prévu. Par exemple, cette nuit, au lieu de dormir comme un petit ange, j’ai été prise d’insomnie.
Sur mon superlit gonflable, qui ressemble plus à un bote qu’à un lit – comme m’a dit quelqu’un l’autre jour, je ne sais déjà plus qui -, je ne tournais pas en rond mais je restais les yeux ouverts, ou fermés, et je pensais.
Je me disais : j’ai bien envie d’écrire quelque chose… Mais dans le noir, sans papier ni crayon ni ordinateur à portée de main, ce n’est pas facile. Tant pis, je vais penser à ce que j’aurais écrit si j’avais pu le faire et dès que je serai debout je le taperai. Alors, mille idées de début me sont venues à l’esprit. Faut croire que cette insomnie m’a inspirée, que j’ai retrouvé un certain calme que je n’avais pas depuis une dizaine de jours, que d’entendre la respiration de mes enfants à côté de moi me faisait penser que j’avais du temps pour moi toute seule en plus de m’empêcher de retrouver le sommeil. Mais en aucun cas je n’ai pensé que lorsque je me retrouverais devant un écran la première chose que j’allais écrire serait « Rien ne se passe jamais comme nous l’avons prévu ».
J’ai fini par me lever car j’avais vraiment trop envie de me mettre à tourner en rond et ce n’est vraiment pas pratique sur un lit gonflable, aussi merveilleux soit-il et Dieu sait si j’ai le meilleur lit gonflable au monde ! C’était il y a une demi-heure et il était six heures et demie du matin. Le jour ne s’était pas encore levé et il ne l’a toujours pas fait. En revanche, je peux dire que les petits oiseaux chantent déjà. Je les entends bien car la fenêtre de la cuisine de ma tante, où je me trouve en ce moment même, est ouverte. Je me suis levée de ma chaise et je suis allée voir de plus près. Le jour est en fait en train de se lever. Le temps que j’aille chercher l’appareil photo pour capter cet instant magique, cette couleur du ciel si particulière, et le charme est rompu. Non seulement le ciel est devenu tout à fait bleu ciel mais en plus je ne suis plus seule dans la cuisine… A quelle heure faut-il se lever pour être tranquille dans ce pays ?
Lorsque je suis sortie de la chambre tout à l’heure, j’ai pris avec moi mes lunettes et mon ordinateur portable mais je n’avais plus aucune envie d’écrire. Aucun des débuts auxquels j’avais pensé ne me semblait intéressant. En revanche, la prose de Mary Ann Shaffer et d’Annie Barrows m’attendait sur le livre que je suis en train de lire. Oui, je lis toujours (le « re » devient ridicule, je n’ose plus l’utiliser) et grâce aux bons conseils de mon amie O. je savoure depuis le premier chaque mot du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. Heureusement, je n’en suis qu’à la page 176. J’ai donc encore plus de la moitié du livre à lire. Mais les mots filent vite sous mes yeux et il m’a fallu m’arrêter.
Je dois dire que j’ai acheté la version poche de cet ouvrage paru chez 10/18. Et si vous l’avez aussi, vous pourrez vérifier qu’à la page 176, il y a un mot qui – peut-être aurez-vous du mal à le reconnaître au milieu de tous les autres – mérite toute l’attention que de ma part il a attiré. Ce « fioritures » lâché en fin de paragraphe n’évoque peut-être rien de particulier pour vous et j’aurais certainement pensé la même chose si quelqu’un m’en avait parlé. Sauf que, cette fois-ci, je l’ai lu. Je crois pouvoir dire sans risque de me tromper que c’est la toute première fois de ma vie que je vois ce mot écrit. Et je l’ai trouvé splendidement beau.
Fioritures. A quoi cela vous fait-il penser ? Si je vous parle de Patrick Fiori vous risquez de me jeter quelque chose à la figure. C’est ce que j’aurais fait à votre place et, pourtant, je dois avouer qu’il fait partie des images qui me sont venues à l’esprit… Si je vous dis fournitures peut-être cela évoque-t-il pour vous des rentrées scolaires moins attendues que les miennes ? Ou peut-être ce mot vous a-t-il fait penser à ce qu’il signifie. Et là, il se pourrait que j’aie une petite chance de vous émouvoir. Regardez ce pauvre mot ! Majoritairement employé dans des phrases négatives, n’est-ce pas ? Celle de la page 176 le met particulièrement en valeur : « Elle avait pour tâche de présenter l’histoire de l’île et n’était pas d’humeur à faire des fioritures ». Oui, les fioritures, la plupart du temps, on ne les fait pas. Contrairement aux fritures… Mais ici, il ne s’agit pas de bêtement ne pas en faire. Ne pas « être d’humeur » d’en faire, ça change tout !
Maintenant, il ne faut pas oublier (attention, il ne le faut pas !) qu’il s’agit d’une traduction. Ce mot, qui m’a arrêtée de façon si nette dans ma lecture, qui m’a fait poser le livre retourné ouvert sur la nappe à carreaux qui couvre la table pour me permettre de me lever les mains libres pour aller brancher l’ordinateur avant de l’allumer et commencer à écrire, n’a été choisi ni par Mary Ann Shaffer ni par Annie Barrows ! Non, il ne faut pas l’oublier : c’est bien Aline Azoulay qui l’a écrit. C’est elle qui a décidé de traduire je ne sais quelle suite de mots en anglais ou plutôt en « américain » par cette phrase se terminant ainsi dont on peut se demander si elle est 100 % sans fioritures. Je ne vous cache pas ma curiosité. Ce que j’aurais aimé pouvoir consulter la version originale pour rechercher le passage en question ! Je me demande si mon anglais m’aurais permis de le détecter facilement ou si j’aurais dû me résoudre à dire, comme Madame Michel : je donnerais cher pour lire dans le texte !
En tout cas, ce qui m’a tellement plu dans ce mot qui ne manque que de a pour posséder toutes les voyelles et dont les consonnes me sont si familières, c’est de l’avoir si souvent entendu sans jamais l’avoir lu jusqu’à aujourd’hui. Cette suite de lettres m’a étonnée au point que je me suis demandé si ma connaissance orale du terme n’était pas erronée. Aurais-je été capable de l’épeler correctement si on me l’avait demandé ? N’aurais-je pas plutôt dit « fiouritures » ? Voire « fiuritures » ? L’histoire ne le dira pas et nous resterons dans l’ignorance. Puisque rien ne se passe, jamais non plus, comme nous ne l’avions pas prévu.

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A propos auxecrires

Femme, mère de 2 enfants, quadra, habitant en région parisienne...
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2 commentaires pour Insomnie

  1. Calame dit :

    Hola !
    Eh bien moi je l’ai, dans le texte, ce livre, et dès ce soir si je suis encore en état je regarderai et te donnerai LA solution à ton dilemme : quel mot anglais traduit par ces « fioritures » 🙂 Pour moi des fioritures, c’est mignon, un peu désuet, comme une dentelle tarabiscotée, ce n’est pas forcément négatif, mais c’est définitivement dépassé dans une société où l’on va trop vite pour s’arrêter à des détails, à la fioriture, au méticuleux, au perfectionnisme… Besos 😉

  2. auxecrires dit :

    En effet… C’est amusant, cela ne sonne pas désuet à mes oreilles.
    Je suis allée à une tangueria l’autre jour. ll y a des coins dans le monde où tout ne va pas encore trop vite. Que serait le tango sans fioritures?

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